Madagascar : la filière vanille au bord de l’implosion
La filière vanille va mal, après l’augmentation des prix en 2015 jusqu’à la régulation par le gouvernement de Madagascar. Nous sommes passés de 700 euros du kilo à 200 euros en 2022 et aujourd’hui moins. Il faut savoir que la vanille de qualité gourmet s’achète au alentour de 120 euros du kilo voir 100 euros pour la nouvelle récolte. Mais des vendeurs français arrive à acheter l’ancienne à des prix à 60 euros du kilo, sachant que les anciennes récoltes ne peuvent plus être vendu. Le prix de la vanille baisse, les stocks explosent.
Va-t-on passer de 700 euros à 20 euros du kilo et revivre une crise de la vanille avec une baisse des producteurs, des plantations, des préparateurs et repartir vers un cycle de hausse. Entre surproduction, rémunérations indécentes pour les exportateurs et manque de régulation, plongée dans les dysfonctionnements d’une filière en pleine tourmente Surstocks massifs, cours en chute libre, planteurs en détresse : la filière vanille malgache fait face à sa plus grave crise depuis des décennies. Analyse des enjeux et des solutions possibles.
Le gouvernement malgache joue-t-il son va-tout pour sauver ce qui reste de la prestigieuse filière vanille ? Les derniers chiffres officiels, présentés en Conseil des ministres la semaine dernière, font froid dans le dos : 2 000 tonnes de stocks excédentaires, dont près de la moitié dormiraient dans des entrepôts à l’étranger, alors que la demande mondiale ne dépasse pas 3 000 tonnes annuelles. Une situation intenable qui a fait s’effondrer les cours, plongeant des milliers de planteurs dans la précarité. Dans les luxueux bureaux d’Antananarivo comme dans les villages reculés de la SAVA, la question fuse : comment en est-on arrivé là ?
Les chiffres clés
La vanille de Madagascar s’est tout simplement 7% du PIB de Madagascar et 15% des recettes de sa balance commerciale extérieur de la grande île. Selon notre partenaire Magazine Var Actu.
Il faut savoir que Madagascar var produire 2 000 tonnes de vanille par an soit 70% de la production mondiale et de la demande mondiale. Les stocks actuels sont de plus de 100% du stock qui peut être vendu en 1 an.
La filière s’inquiète.
Pour nous aider à décrypter le vrai du faux, nous avons fait appel au Comptoir de Toamasina, le spécialiste de la vanille depuis 2010.
Son créateur a été interviewé par Le Monde et France TV, nous sommes devant un véritable connaissance de la vanille.
Le rêve brisé de l' »or noir » malgache
Il fut un temps où la vanille valait son pesant d’or. En 2018, le kilo de gousse noire préparée frôlait les 700 dollars sur les marchés internationaux.
« Ici, nous avons remarqué une baisse de la qualité avec des nouveaux venus qui séché la vanille n’importe comment et surtout la vanille était pleine d’eau, elle pouvait moisir. Les prix en commencé à chuté et en 2023, nous avons vu des nouveaux vendeurs en France, les mêmes qui avaient disparu pendant les prix haut de la vanille qui contourné le prix de la vanille fait par le gouvernement malgache en expédient par DHL. Ici, il a eu une concurrence déloyale. Aujourd’hui, avec des prix bas, on prend des noms de personnes qui connaissent la vanille, par exemple mon surnom Arnaud Vanille a été acheté par un concurrent en France et on voit pas exemple des noms comme vanille bourbon gold, vanille kelly, vanille grand cru, vanille prima » explique Arnaud Sion, créateur du Comptoir de Toamasina.
Il est vrai que l’étude de la DGCCRF dit Sur 177 établissements contrôlés, 23 % des échantillons prélevés étaient non conformes. Une étude faites en 2019 et surtout publié en 2022.
« J’aimerai dire aux personnes qui souhaitent acheter de la vanille, vu qu’aujourd’hui on peut tout copier le contenu d’un expert avec l’AI, regardez les chaîne youtube des experts, des passionnés de la vanille et regardez si le créateur de l’entreprise explique la vanille, va dans des plantations, explique son produit, car aujourd’hui, il n’a plus beaucoup de personnes qui travaillent par passion mais plutôt pour l’argent dans le monde de la vanille c’est dommage ». Arnaud Sion.
Aujourd’hui, les exportateurs peinent à l’écouler à 20 dollars, pour des qualité rouge. Dans les plantations de la région SAVA, épicentre de la production mondiale, le désenchantement est palpable.
Avant, un hectare de vanille permettait d’acheter une voiture. Maintenant, à peine de quoi payer la scolarité d’un enfant, c’est le triste constat qu’on peut voir. Ici, c’est pour montrer comment la variation des prix tuent la filière. Et la vanille n’est pas côté en bourse comme le café ou le cacao.
La chute vertigineuse des prix trouve son origine dans une surproduction chronique. Selon nos informations, près de 4 400 tonnes ont été exportées en 2023 – un record historique – contre seulement 3 000 tonnes en 2024. Le reste s’accumule dans des stocks, pesant comme une épée de Damoclès sur les cours futurs.
Le mirage des bonnes intentions gouvernementales
À Antananarivo, le ministre de l’Industrie et du Commerce David Ralambofiringa affiche sa détermination. « La professionnalisation de la filière requiert une prise de responsabilité collective », déclarait-il récemment depuis Washington, où il discutait de l’AGOA avec les partenaires américains – premiers importateurs de vanille malgache. Source RFI.
Pourtant, sur le terrain, les mesures tardent à se concrétiser. La liste tant attendue des exportateurs agréés, promise depuis cinq ans pour éliminer les acteurs frauduleux, reste « en cours de vérification » selon nos sources au ministère. Un flou artistique qui alimente les rumeurs de pressions et de passe-droits.
Chaque année, on nous parle de réforme, mais rien ne change depuis des années. Il a toujours des passes droits, des protections et même en France s’agace un négociant européen sous couvert d’anonymat. « Les mêmes pratiques opaques continuent, au détriment des producteurs et des acheteurs sérieux. » Cet importateur français, n’a pas souhaité donner son nom à cause de la taille importante de son entreprise.
3 000 ariary le kilo : l’indécence salariale des planteurs
Le scandale le plus criant réside dans la rémunération dérisoire des producteurs. En 2019, un prix plancher de 50 000 ariary (environ 11 dollars) le kilo de vanille verte avait été acté. Aujourd’hui, les paysans touchent à peine 3 000 ariary (0,65 dollar).
C’est un prix très faible qui va détruire les vrais amoureux de la vanille, des familles qui produisent depuis des années dit Arnaud Sion.
Nous arrivons comme en 2013 avec des prix trop bas et des familles qui vont arrêter pour faire du girofle par exemple ou autres choses. Il faut savoir qu’il faut 5 ans pour qu’un pied de vanillier devienne adulte et le savoir faire se perd très rapide dans la vanille.
Cette saignée sociale a des conséquences visibles : abandon des plantations, exode rural, et – plus inquiétant – recours croissant au vol de vanille verte, un fléau qui avait pourtant reculé après les crises des années 2010.
Arnaud Sion, spécialiste de la vanille
Qualité en berne : la nicotine, nouvelle menace
Autre dossier brûlant : la qualité. Plusieurs lots exportés en 2024 ont été retoqués pour présence de traces de nicotine et d’huiles minérales. Certains intermédiaires utilisent des méthodes douteuses pour accélérer la maturation ou augmenter le poids. Cette vanille est écoulé en France et en Europe par des vendeurs qui ne pratiquent pas d’analyse à l’arrivée.
Le gouvernement promet la création d’un laboratoire d’analyse, mais les professionnels doutent. On parle depuis dix ans d’IGP [Indication Géographique Protégée] pour la vanille malgache, quand l’ile de la Réunion à eu son IGP, Madagascar, Non !
New York 2025 : Madagascar n’est même pas invité
Preuve du recul d’influence de Madagascar : le prochain symposium international sur la vanille, prévu fin avril à New York – le premier depuis quatre ans , n’a invité aucun représentant malgache. Un camouflet pour le premier producteur mondial, qui fournit 70% de l’offre globale. Et surtout, ici, on reparle de l’importance du Brésil dans la filière vanille avec ses variétés propres et le croisement pour faire des supers vanilles comme Parle Arnaud Sion sur sa chaîne youtube du Comptoir de Toamasina.
Il faut savoir que c’est symboliquement, c’est catastrophique, pour l’image de la grande île. Ça montre que les décisions se prennent désormais sans le plus grand acteur du monde de la vanille. Certains y voient la conséquence des années d’instabilité et de mauvaise gouvernance de la filière.
Quelles solutions pour demain ?
Face à ce sombre tableau, des voix s’élèvent pour proposer des pistes concrètes :
- Instaurer un vrai système de quotas pour éviter la surproduction
- Créer une bourse de la vanille pour plus de transparence sur les prix
- Développer la transformation locale plutôt qu’exporter la matière première
- Création d’une nouvelle norme iso pour arrêté avec des noms marketing et avoir la même qualité
Mais le temps presse. Comme le dit Arnaud en 2020 dans une vidéo, la vanille est comme une enfant, elle demande beaucoup d’attention et d’amour pour produire une gousse. On peut vendre de la gousse avec des appelations marketing mais attention quand le savoir part tout part. Le Brésil, revient dans le monde de la vanille mais doit tout réapprendre.
Alors que la nouvelle campagne 2025 s’annonce encore difficile, toute la filière retient son souffle. La vanille malgache, joyau national, parviendra-t-elle à renaître de ses cendres ? La balle est désormais dans le camp des autorités… si tant est qu’elles décident enfin de jouer collectif.
Éléments clés à retenir
✔ Chute historique des prix : de 700 à 20 dollars le kilo en 7 ans
✔ 2 000 tonnes de stocks excédentaires asphyxient le marché
✔ Les planteurs touchent moins d’1 dollar/kilo, contre 11 en 2019
✔ Absence malgache au prochain symposium mondial à New York
✔ Urgence : régulation, valorisation et nouveaux marchés
→ Suivez nos prochaines enquêtes sur l’évolution de la crise du secteur de la vanille à Madagascar avec le Comptoir de Toamasina. Découvrez son article sur le prix de la vanille de 2015 à aujourd’hui.