Une flambée historique des prix

Le marché mondial du cacao connaît une volatilité sans précédent depuis fin 2024, avec des prix atteignant des sommets inédits sur la dernière décennie. La tonne de fèves de cacao a dépassé celle du cuivre, une première dans l’histoire des matières premières. En deux ans seulement, les cours ont bondi de 190%, entraînant une cascade d’effets sur toute la filière chocolatière.

Il faut savoir que les stocks dans les ports, chez les fournisseurs, importateurs et même chez votre chocolatier des stocks bas voir zéro.

En outre, cette flambée du cacao est très bon pour le Brésil qui souhaite développer cet or noir. Il faut qu’un prix va entrainer des nouveaux producteurs qui peuvent arriver dans 5 ans.

Le Brésil à tout pour développer de très belle plantation de cacao.

Crise du cacao : les racines structurelles d’une catastrophe annoncée

La crise actuelle du cacao trouve ses origines dans des déséquilibres profonds qui minent depuis des années la production ouest-africaine, cœur battant de l’approvisionnement mondial. Quatre pays – Côte d’Ivoire, Ghana, Nigeria et Cameroun – concentrent à eux seuls 65% de la production planétaire, créant une dangereuse dépendance géographique.

En 2024, cette région stratégique a subi un effondrement de 30% de sa production, plongeant le marché mondial dans une crise sans précédent. Le principal responsable ? L’épidémie de « swollen shoot » (CSSV), une maladie virale dévastatrice capable de réduire les rendements de moitié en seulement deux ans.

Les chiffres témoignent de l’ampleur du désastre :

  • Au Ghana, 81% des plantations sont désormais contaminées
  • En Côte d’Ivoire, 60% du précieux cacao est touché
  • Les pertes économiques se comptent en milliards de dollars

Cette situation catastrophique n’est pourtant pas une surprise. Elle résulte de décennies de négligence et de sous-investissement dans :

  • La recherche agronomique
  • Le renouvellement des plantations
  • La prévention sanitaire

Les petits producteurs, déjà vulnérables, se retrouvent en première ligne face à cette crise qui menace leurs moyens de subsistance et, à plus large échelle, la stabilité de toute la filière chocolatière mondiale.

Cette crise souligne cruellement l’urgence de :

  1. Diversifier les zones de production
  2. Investir massivement dans la recherche variétale
  3. Mettre en place des systèmes de surveillance épidémiologique
  4. Réformer en profondeur les modèles de rémunération des producteurs

Sans actions décisives, le monde pourrait faire face à une pénurie structurelle de cacao, avec des conséquences dramatiques pour des millions de familles dépendantes de cette culture et pour les amateurs de chocolat à travers le globe.

On se retrouve comme pour la crise de la vanille.

Le Ghana intensifie ses mesures contre la contrebande de cacao avec le soutien militaire

Arnaud Sion, créateur du Comptoir de Toamasina et spécialiste de la vanille de Madagascar et du cacao ici au Brésil à Bahia

Crise du cacao : sécheresses, inondations et sous-investissement menacent la production africaine

La filière cacaoyère en Afrique de l’Ouest, vitale pour l’économie régionale, fait face à une crise multifactorielle. Les effets du changement climatique, couplés à des décennies de sous-investissement, compromettent la qualité et le volume des récoltes, avec des répercussions sur les marchés mondiaux.

Le Brésil vient de démarrer réellement, j’ai vu des plantations à Bahia, Para et Espirito Santo et le Brésil augmente chaque année sa production. Il faut savoir qu’il importe encore 30% de sa consommation annuelle. On parle d’une multiplication de la quantité multiplié par 2 d’ici 5 ans et 4 d’ici 10 ans.

Climat : El Niño et réchauffement, un double coup dur

Le phénomène El Niño a exacerbé les conditions météorologiques extrêmes en 2023 : le Ghana a subi des sécheresses prolongées, tandis que la Côte d’Ivoire a été frappée par des pluies diluviennes, perturbant les récoltes. Par ailleurs, le réchauffement climatique réduit la qualité des fèves dès que les températures dépassent 32°C et contraint les cultivateurs à migrer vers des zones plus adaptées, une transition lourde de défis logistiques et économiques.

Sous-investissement : des plantations vieillissantes et peu productives

Avant la flambée des prix en 2023, les cours historiquement bas du cacao ont découragé toute modernisation. Résultat : les cacaoyers, dont l’âge moyen dépasse 25 ans, voient leur rendement chuter (–40 % depuis 2000). Les petits producteurs, faute de moyens, peinent à renouveler leurs arbres ou à adopter des pratiques durables, aggravant la baisse de productivité.

Urgence d’une réponse coordonnée

Face à cette crise, les experts appellent à un soutien financier massif pour replanter des cacaoyers résistants au climat, ainsi qu’à des programmes de formation pour les agriculteurs. Sans action rapide, la pérennité de la filière – et les millions de livelihoods qui en dépendent – risque d’être compromise.

Impact sur le marché mondial

Évolution des prix (USD/tonne)

Année Prix moyen Variation
2020 2,400
2022 2,500 +4%
2023 3,800 +52%
2024 7,100 +87%
2025* 8,900 +25%

*Projection mars 2025 – Source: NYSE

Effets en cascade : fabricants et consommateurs sous pression

Depuis 2020, le prix de gros du chocolat a bondi de 35 %, entraînant des conséquences dramatiques :

  • Beaucoup de chocolateries artisanales ont déjà fermé en Europe, incapables d’absorber la hausse des coûts.
  • Les géants du secteur réagissent par la « shrinkflation » (réduction des formats) et le remplacement partiel du beurre de cacao par d’autres graisses.
  • À l’approche de Pâques 2025, les prix de détail affichent une hausse de 14 %, avec une offre d’œufs en chocolat réduite de 20 %.

Le Brésil, un acteur émergent face aux défis

Sixième producteur mondial, le Brésil tente de tirer parti de la crise :

  • +15 % de surfaces cultivées en 2024 et investissements dans la transformation locale.
  • Mais le pays reste vulnérable à la volatilité des cours et à des coûts de production en hausse de 22 %.

Perspectives inquiétantes : deux scénarios pour l’avenir

1️⃣ Scénario pessimiste (sans réforme majeure) :

  • Pénurie structurelle dès 2026 et triplement des prix d’ici 2030.
  • Disparition des petits producteurs, accroissant les risques de travail des enfants.

2️⃣ Scénario optimiste (avec actions coordonnées) :

  • Replantation massive de cacaoyers et développement de variétés résistantes.
  • Stabilisation des prix et meilleure répartition des revenus (aujourd’hui, seuls 6 % du prix final reviennent aux producteurs).

Enjeux sociétaux : un modèle à réinventer

La crise révèle les profondes inégalités de la filière :

  • Les transformateurs captent plus de 40 % de la marge, laissant les cultivateurs dans la précarité.
  • L’agroécologie et la juste rémunération deviennent indispensables pour éviter l’effondrement.

Que retenir le chocolat, un luxe à nouveau menacé ?

Autrefois produit de luxe, le chocolat s’était démocratisé – mais la crise actuelle pourrait inverser la tendance. Sa survie dépendra des choix faits aujourd’hui :

  • Investir dans des pratiques durables.
  • Rééquilibrer les profits au sein de la chaîne.
  • Éviter une spéculation qui exclurait les consommateurs modestes.

Le monde devra bientôt choisir : un chocolat accessible mais insoutenable, ou un produit équitable… mais réservé à une élite ?